Échec et ne mate pas
Checkmate, no checking out
将军!非礼勿视
Salut à vous tous ! Et merci de ne pas vous être désabonnés dès la première édition. Cette petite introduction me permet de vous faire remarquer que depuis que je suis à la tête d'une lettre numérique de presque 100 abonnés, je réalise en fait que si vous vous désabonnez, je peux complètement vous remettre dans la liste de diffusion de cette newsletter. Premièrement, vous ne vous désabonnerez pas car je me persuade que vous aimez autant lire cette lettre que j'aime l'écrire. Deuxièmement, si vous vous désabonnez, je ne vous remettrai jamais dedans sans consentement car je ne suis ni une personne affreuse sans morale, ni Mark Zuckerberg. Mais au moins vous savez. Sans aucune réelle transition, bienvenue dans la deuxième édition de MDMA.
♟️ La chair, sur vos sens, fait-elle grande impression ?
La scène est toujours aussi étonnante à observer. Marcel Duchamp, 76 ans, faisant face à Ève Babitz, 20 ans. C'est ici certainement l'une des plus célèbres photos d'échecs de l'histoire. Ce jeu, diablement esthétique, est déjà apparu dans le dernier éventail d'inspirations™ d'octobre d'Éclectique à travers la photo somptueuse d'Anatoly Karpov au centre d'un foule homogène de jeunes communistes russes, lors du XVIIème Congrès de Komsomol (1978). Si ici, la photo de notre ami dadaïste et de la jeune écrivaine californienne prise en 1963 par Julian Wasser (cette photo était d'ailleurs son idée et non celle de Duchamp) dans une galerie de Pasadena est importante, c'est quelle symbolise certainement le mieux ce qu'était l'esprit de Duchamp. Tout le monde connait Duchamp pour son urinoir, ready-made qu'il avait mit dans une galerie en le proclamant œuvre d'art. Si ces objets ont façonné sa popularité, Duchamp arrête l'art en 1923 pour se consacrer aux échecs. Il y aime le fait que "les échecs ne puisse être commercialisés".
Voilà ici tout le cynisme de Duchamp. Certaines photos d'archives de Bobby Fischer ou de Boris Spassky (pour ne citer qu'eux) sont formidablement artistiques. Mais elles conservent le fantasme de pureté qui a convaincu Duchamp de se consacrer aux échecs. À travers sa photographie de 1963, Duchamp ouvre justement la porte à ce que les échecs soient, d'une certaine façon, commercialisés. Dans I Was a Naked Pawn for Art (1991), Babitz rapporte un témoignage de son père critiquant le jeu médiocre de Duchamp aux échecs. Babitz était encore moins forte, ce qui l'a complexa une fois face à Duchamp. La photo, qui de par son originalité façonne son mythe, place les échecs purement dans une démarche artistique. On n'accorde plus aucune importance au jeu. Duchamp gagne chaque partie, et quand Eve veut continuer, elle est stoppée par Wasser qui a la photo qu'il était venu chercher.
Eve Babitz avoua que sa motivation à poser nue était plus une question d'orgueil suite à une non-invitation qu'une vraie conviction artistique, elle deviendra par la suite une écrivaine acclamée grâce à ses livres sur la culture de Los Angeles. Pour le grand public, elle restera principalement la femme nue des échecs de Duchamp. Cette photo bafoue l'intérêt objectif des échecs pour favoriser une mise en scène que chacun peut fantasmer à sa guise (pas forcément une mauvaise chose). Pour Duchamp, une photographie n'est pas une photographie, ni une partie d'échecs, ni un nu, c'est simplement de l'art. Sans vraiment toujours se poser la question de son sens.
“Mettez dans vos discours un peu de modestie, Ou je vais, sur-le-champ, vous quitter la partie.”
💊 Cachez cet acronyme que je ne saurais lire
Comme vous l'avez tous déjà remarqué, cette lettre numérique porte en elle un acronyme tendancieux qui me permet de faire régulièrement des bonnes blagues de lourdo. En réalité, MDMA n'est pas un acronyme mais un sigle car il ne se prononce pas comme un mot mais s'épelle lettre après lettre (merci à la journaliste de 28 Minutes Alix Van Pée pour la précision utile). La création de cette lettre et de son sigle s'est accordée dans un timing impeccable avec un article de The Economist qui dézingue gentiment l'obsession française des acronymes, une abomination linguistique. "Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliquer, puis simplifier ensuite ?", se demande le chapô de l'article.
Comme rappelé par Alix Van Pée, l'Académie Française est elle aussi farouchement opposée à ces acronymes car elle défend l'idée qu'on parle pour être compris, et non pas pour aller le plus vite possible. L'écrivain Raymond Queneau s'était amusé dans les années 60 à jouer avec ces sigles. Il formait le mot "achélème" à partir de HLM, transformait gueule de bois en "gédébé", et qualifiait un employé de la RATP "d'ératépiste". D'autres poètes modernes ont intégré les sigles et acronymes dans leur textes pour constater qu’à l’instar des mecs de la B.A.C., ils n’ont pas fait la F.A.C.
Doit-on parler efficacement ou doit-on prendre notre temps pour être compris ? Ces deux questions ne sont pas opposées mais ici réside certainement la différence clé entre les boomers anglais et les destructeurs de mots français.
CQFD.
🇫🇷 Vogue Paris devient Vogue France
C'est certainement la meilleure actualité de la semaine dernière pour les amateurs de magazines. Vogue Paris devient Vogue France.
Si l'effet visuel est sincèrement louable, que le choix d'Aya Nakamura est un joli symbole, que les photos de Carlijn Jacobs sont splendides, que le stylisme de Gabriella Karefa Johnson est fondamental, le groupe Condé Nast (France) ne pouvait quand même pas se payer le luxe d'abandonner ses bons vieux putaclics. On ne fait pas aussi facilement table rase des "7 choses que l'on ignorait sur Nakamura", du "bracelet qu'Aya Nakamura ne quitte jamais", des "15 pièces mode pointues pour calquer le style d'Aya" (sérieux y'a un t-shirt Dior "J'<3 Paris" à 850€), ou, un petit dernier pour la route, des "9 indispensables beauté et lifestyle d'Aya".
Cependant, la fraicheur globale de ce nouveau Vogue est vraiment appréciable. Vogue prend comme tous les magazines le parti de se séparer doucement mais sûrement des éléments visuels détourés, disposés un peu partout sur les pages et que le texte vient épouser pour une mise en page plus minimaliste, qui se rapproche de ce que font depuis longtemps les magazines indépendants. Le premier Vogue France est un bel objet, un magazine à garder volontiers, assez loin des Unes standardisées aux titres encore plus standards de Vogue Paris.
Comme d'hab, les magazines français de Condé Nast sont très bien imprimés et malheureusement un peu bâclés en ligne (hop je glisse un verset de la bible du journaliste). Ce qui est d'autant plus dommage que le journalisme de mode et de célébrités traité avec rigueur et profondeur est possible !
🎸 Sultans of Swing
Pour continuer la semaine sur une note excitante, je voulais vous partager un bon vieux live de rock des années 80. En 83 plus précisément, les Dire Straits jouent au Hammersmith Apollo de Londres et enregistrent dans le même temps un album live (il sera très célèbre). La vidéo que vous allez regarder est vraiment cool pour plusieurs raisons. Déjà, pour chiner les commentaires des vidéos YouTube dans lesquels on apprend parfois des anecdotes contextuelles assez cool sur les rockeurs de ces années-là. Ensuite, parce que ce que fait Mark Knopfler avec sa guitare pendant les dix minutes de Sultans of Swing est pornographique. En symbiose ultime avec sa Stratocaster rouge, il conclue une performance énorme du groupe d'un solo stratosphérique. La vidéo est cool car si Knopfler prend quasiment toute l'attention, les autres sont aussi impériaux, avec un Terry Williams littéralement en feu à la batterie. Vous pouvez retrouvez le concert entier sur vos Spotify/Deezer/LimeWire, et si vous voulez une autre prestation folle de Sultans of Swing, allez voir le solo de malade entre Knopfler et Eric Clapton pendant que Chris White les chauffe au saxophone.
Merci d'avoir lu la deuxième édition de "Missive du Monde Actuel", continuez à faire parvenir vos retours, commentaires et critiques qui m'aident réellement dans la rédaction de la lettre.
On se retrouve dès la semaine prochaine !
Matthieu
Hello, one and all! And thank you for not unsubscribing after the very first edition. This little intro lets me point out that, since becoming the head of a digital letter with almost 100 subscribers, I’ve actually realised that if you unsubscribe, I can totally put you right back on this newsletter’s mailing list. First, you won’t unsubscribe, because I’ve convinced myself you love reading this letter as much as I love writing it. Second, if you do unsubscribe, I will never put you back on it without your consent, because I am neither a horrible person with no morals nor Mark Zuckerberg. But at least now you know. With no real transition whatsoever, welcome to the second edition of MDMA.
♟️ Does the flesh make a great impression on your senses?
The scene is as startling as ever to look at. Marcel Duchamp, 76, facing Eve Babitz, 20. This is surely one of the most famous chess photos in history. The game, devilishly aesthetic, already showed up in Éclectique’s latest October inspiration spread™ via the sumptuous photo of Anatoly Karpov at the centre of a uniform crowd of young Russian communists at the 18th Komsomol Congress (1978). If this photo of our Dadaist friend and the young Californian writer, taken in 1963 by Julian Wasser (the photo was his idea, by the way, not Duchamp’s) in a Pasadena gallery, matters, it’s because it probably best captures what Duchamp’s spirit was all about. Everyone knows Duchamp for his urinal, a ready-made he put in a gallery and declared a work of art. While those objects built his fame, Duchamp quit art in 1923 to devote himself to chess. What he loved about it was that “chess cannot be commercialised.”
And there you have Duchamp’s cynicism in a nutshell. Some archive photos of Bobby Fischer or Boris Spassky (to name just two) are wonderfully artistic. But they preserve the fantasy of purity that convinced Duchamp to devote himself to chess. With his 1963 photograph, Duchamp throws the door wide open to chess being, in a way, commercialised. In I Was a Naked Pawn for Art (1991), Babitz recounts her father criticising Duchamp’s mediocre chess playing. Babitz was even worse, which made her self-conscious once she sat across from Duchamp. The photo, whose originality built its own myth, places chess purely within an artistic approach. The game itself no longer matters one bit. Duchamp wins every game, and when Eve wants to keep going, she’s stopped by Wasser, who has the shot he came for.
Eve Babitz admitted that her motivation for posing nude was more a matter of wounded pride after not being invited than any real artistic conviction; she would later become an acclaimed writer thanks to her books on Los Angeles culture. To the general public, she’ll mostly remain the naked woman from Duchamp’s chess game. This photo flouts the objective interest of chess in favour of a staging everyone can fantasise about as they please (not necessarily a bad thing). For Duchamp, a photograph isn’t a photograph, nor a game of chess, nor a nude; it’s simply art. Without always really asking what it means.
“Put a little modesty into your speech, Or I shall, this very instant, quit the game.”
💊 Cover up that acronym I cannot bear to read
As you’ve all already noticed, this digital letter carries a rather suggestive acronym that lets me regularly make terrible dad jokes. Actually, MDMA isn’t an acronym but an initialism, since it isn’t pronounced as a word but spelled out letter by letter (thanks to 28 Minutes journalist Alix Van Pée for the helpful clarification). The launch of this letter and its initialism lined up with impeccable timing with an article in The Economist that gently trashes the French obsession with acronyms, a linguistic abomination. “Why keep it simple when you can make it complicated, then simplify it afterwards?” asks the article’s standfirst.
As Alix Van Pée pointed out, the Académie Française is also fiercely opposed to these acronyms, as it champions the idea that we speak to be understood, not to get it over with as fast as possible. In the ’60s, the writer Raymond Queneau had fun playing with these initialisms. He coined the word “achélème” from HLM, turned gueule de bois into “gédébé,” and called a RATP employee an “ératépiste.” Other modern poets have worked initialisms and acronyms into their lyrics to observe that, just like the guys from the B.A.C., they never went to the F.A.C.
Should we speak efficiently, or should we take our time to be understood? The two questions aren’t opposed, but this is surely where the key difference lies between the English boomers and the French word-wreckers.
QED.
🇫🇷 Vogue Paris becomes Vogue France
This was surely last week’s best news for magazine lovers. Vogue Paris is becoming Vogue France.
While the visual impact is genuinely commendable, the choice of Aya Nakamura is a nice symbol, Carlijn Jacobs’s photos are stunning, and Gabriella Karefa Johnson’s styling is essential, Condé Nast (France) still couldn’t afford the luxury of giving up its good old clickbait. You don’t wipe the slate clean that easily of “7 things we didn’t know about Nakamura,” “the bracelet Aya Nakamura never takes off,” “15 cutting-edge fashion pieces to copy Aya’s style” (seriously, there’s a Dior “J'<3 Paris” T-shirt for €850), or, one more for the road, “Aya’s 9 beauty and lifestyle essentials.”
That said, the overall freshness of this new Vogue is really welcome. Like every magazine, Vogue is choosing to slowly but surely move away from cut-out visuals scattered all over the pages with text wrapped around them, in favour of a more minimalist layout, closer to what indie magazines have been doing for ages. The first Vogue France is a beautiful object, a magazine you’ll happily keep, quite far from the standardised covers with the even more standard headlines of Vogue Paris.
As usual, Condé Nast’s French magazines are beautifully printed and, sadly, a bit sloppy online (let me just slip in a verse from the journalist’s bible). Which is all the more of a shame given that fashion and celebrity journalism done with rigour and depth is possible!
🎸 Sultans of Swing
To keep the week going on an exciting note, I wanted to share a good old ’80s rock live set with you. In ’83, to be exact, Dire Straits played the Hammersmith Apollo in London and recorded a live album at the same time (it would become very famous). The video you’re about to watch is really cool for several reasons. First, for digging through the YouTube comments, where you sometimes pick up pretty cool behind-the-scenes anecdotes about the rockers of that era. Second, because what Mark Knopfler does with his guitar during the ten minutes of Sultans of Swing is pornographic. In ultimate symbiosis with his red Stratocaster , he closes out a huge performance from the band with a stratospheric solo. The video is cool because, even though Knopfler grabs almost all the attention, the others are just as masterful, with Terry Williams literally on fire on drums. You can find the whole concert on your Spotify/Deezer/LimeWire, and if you want another insane performance of Sultans of Swing, go check out the crazy solo duel between Knopfler and Eric Clapton while Chris White fires them up on saxophone.
Thanks for reading the second edition of “Missive du Monde Actuel.” Keep sending in your feedback, comments and critiques; they genuinely help me write the letter.
See you next week!
Matthieu
大家好!也谢谢你们没在第一期之后就退订。借这段小开场白,我想跟大家说一件事:自从我执掌了这份拥有近100位订阅者的电子信,我才发现,就算你们退订了,我也完全可以把你们重新加回这份newsletter的发送名单。第一,你们不会退订的,因为我坚信你们爱读这封信,就像我爱写它一样。第二,就算你们退订了,没有你们的同意,我也绝不会把你们加回去,因为我既不是毫无道德的恶人,也不是马克·扎克伯格。但至少你们现在知道了。毫无过渡地,欢迎来到MDMA第二期。
♟️ 肉体,可曾让您的感官大受震撼?
这个画面无论看多少次都一样令人惊讶。76岁的马塞尔·杜尚,对面坐着20岁的伊芙·巴比茨。这无疑是史上最著名的国际象棋照片之一。国际象棋这项美得要命的游戏,已经在Éclectique十月份最新一期的灵感合集™里出现过:那是一张极美的照片,阿纳托利·卡尔波夫站在一群清一色的苏联共青团青年中间,摄于共青团第十八次代表大会(1978年)。至于这里这张照片——我们的达达主义老朋友和那位年轻的加州女作家,1963年由朱利安·瓦瑟在帕萨迪纳的一家美术馆拍下(顺带一提,拍这张照片是瓦瑟的主意,不是杜尚的)——它之所以重要,是因为它大概最能代表杜尚的精神。人人都知道杜尚的小便池,那件被他摆进美术馆、宣布为艺术品的现成品。这些物件成就了他的名气,可杜尚在1923年就放弃了艺术,转而全身心投入国际象棋。他喜欢的是“国际象棋无法被商业化”这一点。
杜尚的犬儒全在这里了。鲍比·菲舍尔或鲍里斯·斯帕斯基(仅举两例)的一些档案照片都极具艺术感。但它们保留了那种纯粹性的幻想,正是这种幻想说服了杜尚投身国际象棋。而通过1963年的这张照片,杜尚恰恰为国际象棋在某种意义上被商业化打开了大门。在I Was a Naked Pawn for Art(1991)里,巴比茨转述了她父亲的说法,批评杜尚棋艺平平。巴比茨下得更烂,一坐到杜尚对面就自卑起来。这张照片凭着自身的独特性造就了它的神话,把国际象棋完全放进了一种艺术姿态里。棋局本身已经无关紧要。杜尚每一局都赢,而当伊芙想继续下的时候,瓦瑟叫停了她——他已经拿到了他想要的照片。
伊芙·巴比茨承认,她愿意裸体出镜,与其说出于真正的艺术信念,不如说是因为没被邀请而赌了一口气。后来,她凭借书写洛杉矶文化的作品成了备受赞誉的作家。但对大众来说,她主要还是杜尚棋局里的那个裸女。这张照片践踏了国际象棋本身的客观价值,转而成全了一场人人都能随意浮想联翩的摆拍(这倒不一定是坏事)。对杜尚来说,一张照片不是照片,不是一盘棋,也不是一幅裸像,它只是艺术。至于它有什么意义,他也未必总会去想。
“您说话请放谦虚些,否则我这就退出这一局。”
💊 请把这个缩写遮起来,我可不能读
大家肯定早就发现了,这封电子信的名字里藏着一个意有所指的缩写,让我能时不时抖几个烂梗。其实严格来说,MDMA不是首字母拼读词(acronyme),而是首字母缩写(sigle),因为它不是作为一个单词来读,而是一个字母一个字母地念(感谢《28 Minutes》的记者Alix Van Pée的实用指正)。这封信和它的缩写诞生的时机也是巧得完美,正好赶上《经济学人》的一篇文章,温柔地炮轰了法国人对缩写的执念——一种语言上的罪孽。“能简单的事为什么要简单做?不如先搞复杂,再来简化嘛。”文章导语如此发问。
正如Alix Van Pée所提醒的,法兰西学术院也坚决反对这些缩写,因为它坚持认为说话是为了让人听懂,而不是为了越快越好。作家雷蒙·格诺在60年代就玩过这些缩写的文字游戏。他用HLM拼出了“achélème”这个词,把gueule de bois (宿醉)变成“gédébé”,还把巴黎大众运输公司(RATP)的员工叫作“ératépiste”。另一些当代诗人也把首字母缩写写进自己的作品,结果发现,就像B.A.C.的那帮家伙一样,他们也没上过F.A.C.
说话应该追求效率,还是该慢下来让人听懂?这两者并不对立,但英国的boomer和法国的造词破坏王之间最关键的区别,大概就在这里。
证毕。
🇫🇷 Vogue Paris变身Vogue France
对杂志爱好者来说,这大概是上周最好的消息:Vogue Paris变成了Vogue France。
视觉效果确实可圈可点,选阿雅·娜卡慕拉是个漂亮的象征,Carlijn Jacobs拍的照片美极了,Gabriella Karefa Johnson的造型至关重要——可即便如此,康泰纳仕集团(法国)还是没法奢侈到放弃那些老掉牙的标题党。“关于娜卡慕拉你不知道的7件事”、“阿雅·娜卡慕拉从不离身的手链”、“15件时髦单品,照抄阿雅的风格”(说真的,里面有一件850欧元的Dior“J'<3 Paris”T恤),再来最后一个压轴的,“阿雅的9件美妆与生活方式必备好物”——这些可没那么容易一笔勾销。
不过,新版Vogue整体的清新感确实值得称赞。和所有杂志一样,Vogue也在缓慢而坚定地告别那种抠图元素:图片四处散落在页面上,文字围着它们绕排。取而代之的是更极简的排版,更接近独立杂志早就在做的东西。第一期Vogue France是件漂亮的物件,一本让人乐意收藏的杂志,和Vogue Paris那些标题更加千篇一律的标准化封面相去甚远。
和往常一样,康泰纳仕旗下的法国杂志印得非常好,线上内容却遗憾地有点粗制滥造(顺手塞一段记者圣经里的经文)。这就更可惜了,因为严谨而有深度的时尚与名人报道是完全可能的!
🎸 Sultans of Swing
为了让这一周在兴奋中继续,我想和大家分享一场八十年代的经典摇滚现场。准确地说是83年,恐怖海峡乐队(Dire Straits)在伦敦的汉默史密斯阿波罗剧院演出,同时录制了一张现场专辑(后来非常出名)。你们即将看到的这段视频真的很酷,原因有好几个。首先,可以去淘YouTube视频的评论区,有时能从里面挖到那个年代摇滚乐手们挺酷的背景轶事。其次,马克·诺弗勒在Sultans of Swing 那十分钟里用吉他干的事,简直色情。他和他那把红色Stratocaster 人琴合一,用一段直冲平流层的solo为乐队这场炸裂的演出收尾。这段视频之所以酷,还因为虽然诺弗勒几乎抢走了全部注意力,其他成员也同样霸气,鼓手Terry Williams简直是在燃烧。整场演出可以在你们的Spotify/Deezer/LimeWire上找到。如果还想看另一场疯狂的Sultans of Swing,去看看诺弗勒和埃里克·克莱普顿之间那段疯魔的solo对飙,Chris White还在一旁吹着萨克斯给他们煽风点火。
感谢阅读第二期《当下世界快讯》,请继续把你们的反馈、评论和批评发给我,它们真的对我写这封信很有帮助。
下周见!
Matthieu