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Les archives de la Missive du Monde Actuel.
Une lettre numérique de ressources et de recommandations.

MDMA 0009 · ·original ↗

in memoriam : Substack

La phrase suivante, profondément performative (c’est l’époque), correspond à l’état du moment : Annie Ernaux m’a redonné l’envie d’écrire. « De 1985 à 1992, j'ai transcrit des scènes, des paroles, saisies dans le R.E.R., les hypermarchés, le centre commercial de la Ville Nouvelle, où je vis. Il me semble que je voulais ainsi retenir quelque chose de l'époque et des gens qu'on croise juste une fois, dont l'existence nous traverse en déclenchant du trouble, de la colère ou de la douleur. » Ainsi Annie Ernaux présente-t-elle son Journal du dehors (1993), qui à mes yeux correspond à la forme la plus pure de l’écriture. Écrire pour témoigner sa curiosité, écrire pour observer, vivre et se rappeler.

J’ai transmis ce Journal du dehors à Leïla, persuadé qu’il inspirerait des sujets et des écrits futurs du magazine pour lequel nous travaillons (je crois que ça lui a plu). Aux dernières nouvelles, il est actuellement entre les mains de Coline, à qui Leïla a pris l’initiative de le prêter. Tant mieux, je souhaite à ce livre de connaître une infinité de tables basses.

Ces lettres reprennent enfin ce premier dimanche de février, alors que l’OM vient d’achever l’une des pires semaines de mon histoire de supporter, que le rêve de Novak Djokovic était un peu trop grand à Melbourne et que, pour une fois, je ne termine pas ma semaine sur les Reels algorithmés d’Instagram. À la Nouvelle Étoile, lieu de confort de la rue des Pyrénées, dans le 20e arrondissement de Paris, MDMA revient pour la neuvième fois.

PSA : Substack est mort

Les huit premières éditions de la Missive du Monde Actuel ont été publiées sur Substack, à qui nous disons ce soir au revoir. Suivant l’exemple historique d’Opulent Tips, newsletter rédigée par la visionnaire Rachel Tashjian, MDMA s’émancipe enfin de Substack pour devenir une publication libre.

Dans un essai écrit pour System Magazine en 2022, Rachel Tashjian expliquait les raisons de la création de sa newsletter mode Opulent Tips. En marge de la vague massive de journalistes qui martelaient fièrement « je viens de faire un Substack ! », celle qui est désormais la Madame Mode de CNN (après l’avoir été successivement chez GQ, Harper’s Bazaar et au Washington Post) avait privilégié l’artisanat d’une newsletter privée envoyée en entrant chaque destinataire à la main en Cci, gardant dans le même temps sa liberté de prose et son travail à GQ.

« Les articles sur la mode sont aujourd'hui souvent empreints d'excuses ou d'équivoques, et les jeunes ont rarement suffisamment accès à l'information ou suffisamment confiance en eux pour écrire avec autorité et panache. »

Rachel Tashjian, System Magazine 19

Rachel est un exemple rare, dans l’océan de Substack qui a inondé les boîtes mails ces cinq dernières années. Notre génération voit émerger de plus en plus de journalistes qui sont devenus leur propre média et qui, par conséquent, ont pu monétiser leur image personnelle, délaissant l’industrie délicate du journalisme et ses conditions de travail précaires.

Dans Médianes, Marine Slavitch décrit la désillusion du rêve d’émancipation incarné par la plateforme. Elle analyse : « son modèle économique inégalitaire » ; « le marketing externalisé » ; « le manque de protection sociale » ; « son infrastructure propriétaire » ; sa modération douteuse.

Aussi, Substack n’est pas réellement si différent d’Instagram, X ou TikTok et a même complètement pris le virage de leur ressembler. Flux vidéo vertical, Substack Notes, posts et stories. Sur téléphone, le scroll de Substack ressemble à n’importe quel feed de ses cousins numériques.

Enfin, pas plus tard que cette semaine, le CEO de Substack, Chris Best, a annoncé l’arrivée d’une application permettant aux « créateurs de newsletters de proposer désormais des vidéos et des diffusions en direct à leurs abonnés via Apple TV et Google TV ».

Analyse MF™ pour mes premiers lecteurs ici : je pense désormais que les pages Instagram à succès vont progressivement migrer vers Substack pour y trouver l’Eldorado d’une audience « plus qualitative », s’extirper de l’océan rempli de comptes similaires sur leurs plateformes d’origine, tout en produisant le même contenu, à l’exception peut-être de quelques paragraphes de plus.

Substack a hautement bénéficié de la lassitude progressive de notre génération pour les réseaux sociaux. Comme l’explique Alexandra Klinnik dans un article dédié, le « désengagement progressif des réseaux sociaux » a favorisé ce « repli vers des formats plus fermés ». Qu’en est-il lorsque la plateforme de l'émancipation devient une pâle imitation des réseaux sociaux dont elle devait nous libérer ?

Substack conserve toutefois quelques esprits respectables qui n’incarnent pas nécessairement une mission stratégique de capitalisation des mots, à l’instar de Constance Dovergne et sa Carte Blanche (qui semble aussi progressivement s'éloigner de Substack), Delia Cai et Deez Links que je lirai éternellement, Blackbird Spyplane, Links I Would Gchat You If We Were Friends, Magasin de Laura Reilly, la génialissime Snake de Sami Reiss, l’incontournable Shit You Should Care About.

Mention affective aux Substacks de Temalapaire et de mon collègue Paul Vernet chez Views avec son Cheval de Bataille. Autant de liens que de bonnes newsletters.

OG de la newsletter, l’ancien journaliste de The Verge Casey Newton a abandonné Substack à la fin de l’année 2024 pour publier sa lettre Platformer depuis Ghost, CMS open source également utilisé par Médianes pour son offre d’accompagnement à la création de newsletters indépendantes. Newton cite, parmi les raisons de son exil, l’absence de réponse à une lettre, Substackers Against Nazis, co-signée par 247 auteurs de la plateforme.

L’idée n’étant pas ici nécessairement d’entrer dans une analyse approfondie de pourquoi vous devriez détester Substack, je vous invite à lire :

J’ai contemplé l’idée d’imiter Newton et de basculer MDMA sur Ghost, mais cette newsletter n’ayant jamais été imaginée avec une perspective mercantile, autant rester aussi libre et naïf que possible.

L’exemple de Rachel Tashjian correspond certes à quelqu’un de suffisamment installé dans le paradigme médiatique pour se permettre des fantaisies littéraires numériques sur la mode, mais il incarne surtout la beauté de ce qu’est vraiment une lettre : l’écrit sincère adressé personnellement à quelqu'un, sans questionnement tiers de ce que la démarche peut apporter à son auteur.

Les archives de cette newsletter seront regroupées sous la forme de Google Documents. Comme le dit la chercheuse et designeuse Mindy Seu dans le prochain numéro de Views Magazine, « tous les chemins mènent à Google Sheets », où seront rassemblées les archives de MDMA.

Concentrez-vous !

Étude cette semaine dans The Atlantic qui constate que les étudiants en cinéma n’arrivent plus à se concentrer sur la durée entière d’un film. « La crise de l'attention ne se limite pas à l'écrit », relate l’article qui se base sur les observations de vingt professeurs de cinéma répartis aux États-Unis, dont certains expliquent qu’il est désormais une épreuve laborieuse pour un étudiant de traverser un film sans regarder son téléphone. Une quantité croissante d’étudiants rejette l’idée des projections en présentiel au profit de devoirs à la maison, pour ainsi streamer depuis leur chambre universitaire. La salle de cinéma du campus est désormais perçue comme une contrainte.

« Les étudiants qui arrivent aujourd'hui à l'université n'ont aucun souvenir d'un monde avant le défilement infini. À l'adolescence, ils passaient près de cinq heures par jour sur les réseaux sociaux, consacrant une grande partie de ce temps à passer d'une courte vidéo à l'autre. »

Les professeurs ne blâment pas ces étudiants, mais l’évolution d’un monde numérique qui heurte considérablement notre capacité à rester attentif aux longs formats.

Horowitch, R. (2026, 30 janvier). The Film Students Who Can No Longer Sit Through Films. The Atlantic.

Quelques ressources plus ou moins intéressantes :

  • « Pour sauvegarder, prenez une capture d’écran. »

Enfin, quittons-nous sur cette belle œuvre, dont mon oncle professeur d’arts plastiques Vincent dit « qu’elle semble être du Magritte avant Magritte », découverte lors d’une visite « speedrun » au Musée van Gogh d’Amsterdam.

Degouve de Nuncques, William. Lake Como. 1897, pastel sur papier sur carton, 111,3 cm x 151,5 cm, Musée Van Gogh, Amsterdam.

Description du tableau : Pelsers, L. (2012, 30 juin). Summer at Lake Como? Kröller-Müller Museum.

À bientôt !

MDMA 0008 · ·Substack ↗

nardwuar, chambondondisonbondibondon

Réveille-toi chérie un nouvel épisode de Nardwuar est tombé. Joyeux Noël à ceux d’entre vous qui l’ont fêté !! La huitième édition de MDMA devait initialement être consacrée à Vogue et une longue exploration de ses éditions internationales, mais certaines actus ont déjà périmé alors je me suis concentré sur la bombe culturelle d’hier. À l’année prochaine Vogue.

Tournons-nous ensemble vers le présent et cette étape de la majestueuse tournée presse de Timothée Chalamet pour son biopic de Bob Dylan. Bienvenue dans la huitième édition de Missive du Monde Actuel.

🎤 Nardwuar vs. Timothée Chalamet

Quelques jours après son interview de Doechii, Nardwuar est resté en Californie pour interviewer Timothée Chalamet dans le cadre de sa promotion pour le film A Complete Unknown, dans lequel il incarne le rôle de Bob Dylan. Né à la fin des années 60, Nardwuar the Human Serviette est un musicien du groupe “Evaporators” ainsi qu’un journaliste qui commence sa carrière avec des interviews de politiques de passage dans son Canada natal.

Si son béret, ses chemises audacieuses et ses courses désespérées derrière Lil Uzi Vert et Playboi Carti font de lui un personnage loufoque, Nardwuar est un journaliste bluffant. “C'est l'une des interviews les plus impressionnantes que j'ai jamais vécues de ma vie. Sérieusement,” confie Pharrell Williams à l’issue d’un échange au cours duquel le journaliste canadien mentionne “Rump Shaker”, le tout premier morceau enregistré auquel Pharrell a contribué. Son compatriote Drake dira aussi de son interview avec lui qu’elle est la meilleure qu’il a jamais faite.

Dans ses interviews, Nardwuar initie des phrases que ses invités complètent, bien souvent hilares. “J’ai un cadeau pour toi !” est devenu sa signature. Grâce à une veille folle, il offre des livres, vinyles, CDs ou objets si rares qu’ils éblouissent encore plus les artistes à qui il s’adresse. Ainsi, il crée une complicité unique avec eux, avec une bonhomie amplifiée par son extrême crédibilité. Ce lien brise alors tous les garde-fous minutieux de ces artistes ultra-protégés que sont les agents, RP, labels et entourage, et lui permet dans la plupart des cas d’aborder l’intimité de ses invités sans que l’intention ne paraisse malsaine.

Revenons à Timothée Chalamet ! Du point de vue d’un amateur de notre bonne vieille Ligue 1 McDonald’s, même s’il est de coutume que Chalamet parle de son amour pour Saint-Étienne, il était toutefois particulièrement surprenant de voir Dimitri Payet, Bafé Gomis ou Willy Sagnol être namedroppés au micro de Nardwuar au beau milieu de Record Surplus, une boutique californienne de vieux vinyles.

En 2017, Chalamet avait parlé de Nardwuar lors d’une interview avec le célèbre critique cinéma Peter Travers consacrée à Call Me By Your Name, décrivant “ce gars, qui fait remonter des trucs du passé de ses invités, qui réagissent toujours en mode : “wow, d’où t’as sorti ça ??””. Full circle moment, comme dirait @filmstvculture sur X.

📚 Le Masque et la Plume

Je ne sais pas comment je suis tombé là-dessus, mais quelle découverte ! Sur Tumblr, le lieu de toute la culture que j’aime, la page Cinematic Literature est une merveille ! En gros, la page recueille toutes les occurrences de livres dans des films. À chaque fois, la capture d’écran du film est accompagné du film en question, mais aussi du titre de l’ouvrage et de son année de publication.

Donc si vous voyez un livre dans un film, que vous n’arrivez pas à identifier exactement, il y a une chance substantielle que Cinematic Literature puisse vous aider.

🗑️ Poubelle médiatique

Il y a quelques mois, j’ai vu passer un tweet plutôt cool sur des visuels non-utilisés de Wimbledon. Intéressant pour plusieurs raisons. Globalement, lorsqu’il s’agit de faire un post sur une actualité sportive, la réactivité entraîne souvent la performance du post. À Roland-Garros, j’avais préparé en oiseau de mauvais augure un visuel sur la défaite de Rafael Nadal au premier tour de ce qui sera son dernier à Paris, pour qu’il puisse être publié sur Views au moment exact du dernier point du match.

Ainsi, pour être vif, il faut créer en amont. Pendant les Jeux Olympiques, je pense qu’on a facilement créé une vingtaine de visuels trahis par la dure loi du sport. Il y a, malgré la frustration, un côté poétique à cette fiction visuelle qu’on imagine, à mi-chemin entre la manifestation d’une issue souhaitée et le pragmatisme d’une conclusion attendue. Dans le cas de Sean Davies, ces visuels semblent avoir été abandonnés à cause de décisions artistiques, mais son post m’a fait pensé à ce reflet de cette non-réalité.

🧺 Encore plus de ressources

Sans organisation particulière, quelques liens :

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Ce 25 décembre, Beyoncé a chanté à Houston lors de la mi-temps du match de Noël entre les Houston Texans et les Baltimore Ravens.

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Le 22 septembre dernier à Singapour, Daniel Ricciardo courait ce qui semble être le dernier Grand Prix de sa carrière. À cette occasion, CANAL+ a publié une belle vidéo de la relation entre le journaliste F1 Laurent Dupin et le pilote australien, qui illustre avec candeur les liens sincères que peuvent nouer les journalistes avec les personnes qu’ils suivent, tout en conservant un professionnalisme exemplaire.

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Cette découverte de l’appareil photo Mamiya RB67, grâce à Zendaya.

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Aubrey Plaza n’a jamais regardé The White Lotus, car elle ne s’en sort pas avec ses mots de passe.

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Ces extraits d’Interview Mag et cette phrase de Charli XCX dans une interview à Vulture : “Mentir, c'est tellement amusant, c'est tellement brat. Qui a établi cette règle selon laquelle, en tant qu'artiste, vous devez être sincère et honnête dans la presse ? La presse n'est qu'un outil.”

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La typographie de la une GQ (Septembre 2024) avec Brad Pitt et George Clooney a été conçue avec du… miel !!

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Aussi, parviendrez-vous à trouver Luigi ?! Pas forcément celui auquel vous pensez désormais.

Enfin, quittons-nous sur cette œuvre d’art de Constantinople au coucher de soleil :

👨‍🎨 Alexey Petrovich Bogolyubov
🖼️ Moonlit Evening in Constantinople (1884)

À très vite 🫂
Matthieu

MDMA 0007 · ·Substack ↗

et le Pape reste au Vatican ?!

Re !

En novembre 2022, MDMA 0006 commençait exactement pareil ! Et puis ça a à nouveau disparu, car l’apparition et la disparition d’Éclectique s’est accentuée depuis le passage à la vie adulte, l’obtention d’un vrai travail et l’abandon des 10 - 15h de l’École de Journalisme d’Aix-Marseille.

Je revient sur Éclectique. Jarete Éclectique vraiment. Jarete pas Éclectique. L’avenir de MDMA restant toujours aussi fébrile, profitons de l’instant. Bienvenue dans la septième édition de Missive du Monde Actuel !!

🇻🇦 ET LE PAPE RESTE AU VATICAN ?!!

C’est quoi cette vidéo de fou ????

En 2022, dans l’émission de France Culture “Les Chemins de la Philosophie” de la série “Joyeux Anniversaire Molière”, Francis Huster initie une diatribe sur l’actualité ukrainienne comme s’il était Alceste, personnage du Misanthrope (1666). Sorti de son contexte, l’extrait avait été repris par CNews dans l’émission L'heure des Pros de Pascal Praud, accompagné du bandeau “Ukraine : le coup de sang de Francis Huster”.

Depuis quelques jours, la vidéo revit sur X alors qu’elle est instantanément reprise en parodie. Huster laisse ainsi sa voix aux villageois de Minecraft, à Cartman dans South Park, apparaît dans le niveau “Premiers pas au Royaume des Fleurs”, dans Adibou, en anglais dans GTA IV et remplace l’Abbé Pierre (pas une si mauvaise idée) dans “Nique les clones, Pt. II” de Nekfeu.

Jamais John Fitzgerald Kennedy n’aurait laissé faire ça.

🧱 Columbus, Indiana

Parlons d’architecture. J’ai eu le plaisir récent de retrouver la Miller House, déjà mentionnée dans le deuxième archibeau de l’histoire d’Éclectique, grâce au film américain Columbus (2017), réalisé par Kogonada. Le film, qui se déroule dans la ville éponyme, évoque comment l’architecture nous procure des émotions profondes, à travers la relation que nous pouvons développer pour des bâtiments, la philosophie qu’ils dégagent et les moments que nous y associons.

À 45 minutes d’Indianapolis, Columbus existe dans le Midwest américain comme un emblème d’une ville construite autour de l’architecture. Classée comme la sixième ville des États-Unis en terme d’innovation architecturale et design par l’American Institute of Architects, cette ville de 47 000 habitants a été façonnée par des architectes tels que Eliel Saarinen, son fils Eero Saarinen, Kevin Roche, I.M. Pei (la pyramide du Louvre c’est lui), Harry Weese ou Deborah Berke.

Ainsi, Columbus est devenu un festival à ciel ouvert de cerveaux visionnaires qui ont révolutionné l’apparence des bâtiments civils (banques, églises, préfecture, mairie ou école) pour façonner sur la 5ème Rue ce qu’on appelle désormais l’Avenue des Architectes.

Quelques articles intéressants sur Columbus :

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11 bâtiments modernistes à Columbus, sur Deezen

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Comment Columbus est devenue La Mecque de l’architecture moderniste, sur Artsy

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Comment une petite ville du Midwest est devenue La Mecque de l’architecture moderniste (même titre mais différent article), sur Bloomberg

☎️ Envoyez “SAARINEN” en réponse de ce mail si le film vous intéresse mais que vous galérez à le trouver ☎️

💌 Hymne à l’amour

Depuis jeudi, L’Hymne à l'amour chanté par Céline Dion lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques est disponible sur les plateformes de streaming. Grâce à mon ami Julien, j’ai découvert cet été l’histoire et le destin de cette belle chanson.

Écrite par Edith Piaf pour son amoureux Marcel Cerdan, qu’elle rencontre en 1948 lors d’un concert à New York, la chanson est composée par son amie Marguerite Monnot, qui s’inspire elle-même de la Lied Frühlingsnacht de Robert Schumann. Le 14 septembre 1949, Piaf interprète pour la première fois L’Hymne à l’amour devant le public new-yorkais du cabaret Versailles. Un mois et demi plus tard, Piaf demande à Cerdan de la rejoindre à New York, où elle chante encore le 28 octobre.

Avant de pouvoir se réunir, Cerdan perdra la vie à 33 ans dans le Lockheed Constellation du vol Air France 009, en chemin pour retrouver son grand amour. Le soir-même, Edith Piaf chante L’Hymne à l’amour, entonnant : “Si un jour, la vie t’arrache à moi / Si tu meurs, que tu sois loin de moi / Peu m’importe si tu m’aimes / Car moi je mourrais aussi (…) / Dieu réunit ceux qui s’aiment.” Le morceau sera enregistré l’année suivante avec l'orchestre de Robert Chauvigny.

Aussi. En écrivant le titre de cette lettre, je me suis questionné quant à savoir si lorsque nous accompagnions un point d’exclamation d’un point d’interrogation, lequel se mettait en premier. Visiblement, le point d’interrogation se met avant.

Mais connaissiez-vous le POINT EXCLARROGATIF ‽‽‽‽ Selon ce que j’ai pu trouver sur le sujet (Wikipedia), le point exclarrogatif (‽) sert “à ponctuer une phrase qui est interrogative et exclamative à la fois, sans prédominance”. Visiblement, la ponctuation a été inventée par l’Américain Martin K. Specter, directeur d’une agence de publicité, en 1962.

Par la suite, le point exclarrogatif a pris le nom d’interrobang, mêlant dans cette appellation l’interrogatio latin et le jargon anglais bang, qui désigne chez les imprimeurs le point d’exclamation. Même s’il fut intégré en 1966 dans la police de caractère “Americana”, le point exclarrogatif n’est jamais devenu un signe de ponctuation standard.

Enfin, quittons-nous avec un hommage dansant à Rafael Nadal, et cette œuvre d’art baptisée Jostedalsbreen, peinte par Peder Balke vers 1840, dont j’ai traduit l’explication complète sur Instagram.

À très vite 🫂
Matthieu

MDMA 0006 · ·Substack ↗

MDMA. est de retour !!!

Re !

Il y a un an, j’écrivais à Aix-en-Provence la toute première missive du monde actuel pour Éclectique dans le cadre d’un projet étudiant. Lors de mon oral, j’avais promis à mes professeurs M. Hert et M. Matéo que je continuerai la MDMA après les études. Toutefois, lors de la quatrième édition de cette missive, j’affirmais que la lettre était “un énorme succès national” et “qu’elle continuerait après l’évaluation” de ce projet. Désolé de vous avoir menti jusqu’ici sur la deuxième affirmation.

Depuis, un nouveau travail chronophage, un mémoire à écrire et quelques trucs ont changé pendant que cette belle lettre prenait la poussière numérique. Et soudain, la renaissance, le retour des liens, des photos, des recommandations… des découvertes ! Pour ceux qui sont nouveaux ici, cette lettre parle de couples qui se déchirent, des McDos les plus bizarres du monde, elle partage des solos de guitare ép-iques pour égayer vos journées ou vous fait regarder des vidéos ultra-gênantes de Serge Gainsbourg.

Aujourd’hui, je vais vous donner envie de lire et d’aller au cinéma. Bienvenue dans la sixième édition de la Missive du Monde Actuel !

📚 Où voudriez-vous lire ?

Grâce au développement d’une belle page de curation baptisée “whereiwouldliketoread”, l’amie Simay Demirel partage et sélectionne une quantité de lieux de lecture diablement reposants. Souhaiteriez-vous abandonner votre esprit dans l’inconfort du fauteuil Barcelona (testé et désapprouvé) ? Dans une étonnante cabane d’intérieur surplombée d’une chaise Eames ? Sur le canapé de Solange Knowles ? À Long Island, dans le studio qu’occupait Isamu Noguchi dans les années 70 ?

Grâce à cette page, vous fantasmerez des emplacements oniriques où vos yeux pourraient se poser sur les plus belles lignes imaginables, pour encore mieux vous évadez dans les rêves que permettent la littérature. Ces univers vous rappelleront peut-être le monde merveilleux des éventails du magazine des inspirations (cliquer sur chaque mot de cette fin de phrase vous emmenera dans un éventail différent).

Où savoir lire, c’est bien, mais que lire ? Et bien lisez :

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les poèmes de Frank O’Hara

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"S'adapter", de Clara Dupont-Monod (2021)

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“Clair de femme”, de Romain Gary (1977)

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“Éloge du risque”, d’Anne Dufourmantelle (2011)

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Les lettres de Vincent van Gogh à son frère Théo

N’hésitez pas à compléter cette liste en répondant à ce courriel électronique, les recommandations littéraires pourraient devenir fréquentes ici.

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🫂 Close

Après avoir rendu populaire l’adage “Si c’est Arte, c’est forcément bien !”, voici sa variante A24. La société de production cinématographique A24, c’est “The Lighthouse”, “Moonlight”, “Uncut Gems”, “Midsommar”, et “Close”. En somme, c’est toujours bien. Réalisé par le cinéaste belge Lukas Dhont, Close est un beau film sur l’amitié, la découverte de soi et les épreuves de l’adolescence. Grand primé au festival de Cannes cette année, ce long-métrage franco-néerlando-belge dégage sa force de la puissance des regards, des mots, du silence et d’une photographie poignante.

Allez voir Close au cinéma. C’est un film génial, vous allez beaucoup pleurer, et lorsque vous sortirez de la salle en cherchant un mouchoir pour essuyer votre nez, vous vous direz que vous êtes très heureux de l’avoir vu.

🧺 Quelques recommandations diverses :

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lisez ce récit littéraire épique et romantique de la septième étape du Tour de France 2022

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regardez cette image de Robert de Niro et Joe Pesci sur le tournage de Casino

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explorez ce génialissime subreddit baptisé “TV Too High”, qui regroupe toutes les TV du monde qui sont littéralement placées bien trop en hauteur

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écoutez l’écrivaine Alice Zeniter parler de la “parade virile des écrivains”, extrait pendant lequel elle déconstruit le génie masculin qui justifie que l’auteur soit déconnecté d’une vie normale, souvent synonyme de dérives sociales et humaines que l’amateur conquis va avoir tendance à pardonner, parfois même glorifier

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faites connaissance avec la bibliothèque publique “Eclectic” dans sa ville éponyme, en Alabama, là où s’établiera inévitablement le bureau américain de ce magazine

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découvrez cette drôle de couverture russe de “Histoire de la sexualité”, écrit par Michel Foucault entre 1976 et 1984

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regardez cette belle interview de David Bowie de 1999, dans laquelle il explique comment internet changerait nos vies

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suivez Umberto Eco, disparu en 2016, qui vous présente sa gigantesque bibliothèque personnelle

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dernière petite recommandation : ces deux jolies coupelles trouvées sur Etsy

Enfin, terminons le retour de cette lettre par quelques mots de poésie issus du “Guetteur mélancolique” de Guillaume Apollinaire :

“Jamais les crépuscules ne vaincront les aurores

Etonnons-nous des soirs mais vivons les matins

Méprisons l'immuable comme la pierre ou l'or

Sources qui tariront Que je trempe mes mains

En l'onde heureuse”

À très vite !

Matthieu

MDMA 0005 · ·Substack ↗

Au revoir Virgil

Parangon moderne de ce qu'est la curiosité et la détermination, polymathe, Virgil Abloh était une inspiration. Célébré comme le créateur de mode qu'il fut pendant plus d'une décennie, Abloh était un architecte. Une vocation qu'il étudia et dont il diplôma à l'Institut de technologie de l'Illinois, mais surtout une façon de penser qui l'accompagna tout au long de sa trop courte vie. À la façon d'un architecte, Abloh pensait l'ensemble de l'homme. Il créait les vêtements et les chaussures, mixait et dessinait la musique qu'il écouterait, le lieu dans lequel il vivrait. Il y avait forcément un aspect d'Abloh, dans la richesse de sa personnalité, qui pouvait nous inspirer.

Abloh représentait aussi une vision d'une mode ultra-limitée, dont le symbole était parfois plus fort que le produit, incarnée par des esprits influents porteurs d'une réputation et accélérateurs de tendance. Ses guillemets, qui le caractérisaient, était pour certains le génie de Duchamp et pour d'autres la signature d'un créateur communicant. Avec Pyrex, sa première aventure textile qui forgera sa réputation, Abloh ajoutait simplement le nom de la marque et le numéro 23 de Michael Jordan sur des chemises Ralph Lauren qu'il commercialisait ensuite. OFF-WHITE, qui fera exploser sa notoriété de créateur, a parfois été la cible de critiques véhémentes quant à sa créativité. Virgil a eu son lot mauvaise presse. Le compte Diet Prada, sorte de gendarme numérique du plagiat dans l'industrie de la mode, a continuellement visé Virgil Abloh depuis 2014, avec des accusations parfois bancales tournant à une forme de harcèlement. Certaines accusations de plagiat, de voler des designs, parfois même à des fans, étaient parfois quand même bien fondées. En cela, la légende d'Abloh n'est pas immaculée.

Personnellement, je n'aimais ni Pyrex, ni OFF-WHITE, en respectant toutefois la démarche artistique et symbolique entreprise, le succès que cela lui apportait et l'intérêt que ses projets suscitaient.

Enfin, Abloh a réussi à accéder là où aucune personne noire n'aurait pu rêver aller. À la tête de la création masculine chez Louis Vuitton, il avait l'un des postes les plus convoités de toute la mode. Par cet accomplissement, il fut à l'instar des grands sportifs et des grands artistes un pionnier, l'exemple vivant que c'était possible. Que c'était normal. Si la simplicité de ses marques furent souvent critiquées, parfois moquées, la qualité son travail chez LV pouvait regarder celui des autres maisons droit dans les yeux.

Pour les jeunes de notre génération, il était un homme auquel on pouvait s'identifier. Pour les personnes de couleurs, il montrait la voie à suivre, en accompagnant les autres rêveurs comme lui qu'il intégra dans les maisons de luxe où ils n'étaient auparavant jamais bienvenus. Pour moi, jeune adulte blanc de la génération Z, Abloh a montré comment l'obsession, le travail et la recherche perpétuelle de créativité pouvaient mener vers des destins inespérés. Pour les jeunes de mon âge, l'identification aux Lagerfeld, Ford, Cardin, Jacobs ou Galliano n'est pas naturelle. Leur inspiration transpire de leurs créations, pas de leur cheminement, encore moins de leur personnalité.

Aussi, Abloh ne méprisait pas internet, il était lui-même une espèce de geek. À la fin des années 2000, Virgil écrivait avec ses amis sur un blog aussi laid dans la forme (ces reliques numériques sont aujourd'hui d'une beauté nostalgique) que fascinant dans le fond, constitué d'analyses brillantes sur l'art, la mode et leurs environnements.

Sur Internet, il était aussi étonnamment transparent. Au contraire de la plupart des grands génies, le partage d'information d'Abloh permettait au fan lambda de croire encore plus que c'était possible, pour lui aussi, de percer un jour. Dans "The Ten", Abloh et Nike avaient exploré en détails leur collaboration et rendu cet ouvrage en accès libre via un document pdf (je n'ai plus d'URL à jour mais je l'avais sur mon disque dur alors voici un lien qui marche).

Son site internet, virgilabloh.com, est aujourd'hui un sanctuaire numérique formidable qui regroupe plusieurs centaines de ressources utiles pour celui qui rêverait de créer, de développer et de vendre sa marque.

L'histoire des créatifs du 21ème siècle retiendra immanquablement Virgil Abloh™ comme l'un des esprits les plus rares de notre époque. "Virgil Was Here", et pour l'œuvre qu'il laisse désormais derrière lui, il restera ici encore très longtemps.

Au revoir Virgil

MDMA 0004 · ·Substack ↗

Amour, mode et beauté

Bonsoir à tous, bienvenue dans une nouvelle édition de Missive du Monde Actuel, un peu particulière car c’est la dernière avant mon oral sur ce projet qui avait été initialement créé pour un cours. Comme la lettre est une énorme succès national, elle sera continuée même après l’évaluation de cette dernière. Ce qui me rend d’autant plus heureux de continuer un projet de cours même après son jugement dernier.

👨‍👩‍👧 Scènes de la vie conjugale

Vous connaissiez déjà l'adage "Si c'est Arte, c'est forcément bien", utilisé précédemment dans cette lettre numérique. Et bien, si c'est HBO, c'est forcément bien aussi. Déjà producteur de la meilleure série télévisée du 21ème siècle, HBO a pris en main le souhait de Daniel Bergman de reprendre une série suédoise des années 70. Cette série, Scener ur ett äktenskap (Scènes de la vie conjugale ou Scenes from a Marriage), c'est celle de son père Ingmar, véritable succès populaire international et déclencheur de divorces en série.

Le concept est séduisant. Filmé dans un quasi huis-clos, la série se focalise sur les acteurs, leurs dialogues, leurs comportements et leurs émotions. Bergman disait de ses acteurs (lors de sa version suédoise) qu'ils "étaient talentueux, avaient toutes les ressources, avaient lu tous les livres nécessaires, mais ne savaient pas gérer les plus simples émotions".

Formidablement portée à l'écran et en dehors (la libido des utilisateurs de Twitter s'en souvient parfaitement) par Oscar Isaac et Jessica Chastain, la série nous place comme un témoin privilégié installé dans le foyer de ce couple aux fissures profondes.

Il faut également regarder ces 5 épisodes pour le style d'Isaac (celui de Châtain est tout aussi divin) et ses émanations paternelles colossales (comprendre ici dad vibes, la traduction d'anglicismes a ses limites). Archétype du prof cool de philo en Ivy League, Oscar Isaac incarne un normcore parfait (bravo à Miyako Bellizzi qui avait déjà travaillé comme styliste sur Uncut Gems), addition casuale (peut-on accorder un anglicisme ?) de New Balance, d'un jean large et d'un pe-tit 🤌 cardigan Dries Van Noten (j'imagine que tout les profs de philo ne se fournissent pas chez Dries Van Noten).

Scènes de la vie conjugale est une ode à la fragilité, à l'imperfection, et c'est, pour paraphraser un grand homme de notre culture nationale, vraiment bieng.

Si la série vous intéresse, vous pouvez la visionner légalement sur OCS, ou par un canal alternatif pirate aussi connu sous le nom de torrent, ou en me demandant de vous forwarder un mail (qui n'engage pas le rédacteur en chef de cette newsletter) avec tous les épisodes en WeTransfer. 😎

👟 C’est quoi le normcore ?

Si j'utilise un certain nombre d'expressions d'initiés pour donner l'illusion que j'y connais quelque chose à la mode, il est toujours utile de les expliquer.

Le normcore, qui définit le style d'Oscar Isaac dans la série sus-citée, a été très largement rendu rendu populaire par Steve Jobs avant d'être éventuellement théorisé. Le normcore est l'ode vestimentaire du "normal", ce qui est complètement flou, puisqu'il faudrait alors définir "normal".

On trace les origines de l'appellation normcore dans un texte publié en 2013 sur l'analyse des tendances. Pour le dictionnaire Oxford, le normcore est "une tendance dans laquelle des vêtements ordinaires sont portés comme une déclaration de mode délibérée. Dans le cas de Jobs, l'uniforme New Balance 992, Levi's 501 et col montant (à ne pas confondre avec "roulé") semble représenter un attirail d'une simplicité ultime mais son imagination fut réellement sophistiquée, surtout quand on sait que ce style "normal" a été pensé par le designer Issey Miyake (qui fournissait les hauts noir) spécialement pour Jobs.

On associe aussi beaucoup le normcore au dad style, avec les liens publicitaires assumés comme chez New Balance (avec leur modèle 990) qui est "porté par les mannequins à Londres et les darons dans l'Ohio". Ce slogan fait écho à la mode contemporaine qui voit de plus en plus d'ados et de jeunes adultes porter les sneakers que portaient leurs parents en leur temps.

Pour adopter ce style "anti-mode", quelques éléments clés. Des vieilles sneakers à la New Balance (990, 992 ou 993 sont très bien) ou à la Nike (souvent des Air Monarch), un jean délavé assez clair et un t-shirt blanc très classique. Petite touche finale, le fameux dad hat de votre équipe préférée, ou d'une bonne référence corporate.

📸 2021 en photographies

Cette semaine, le TIME a sorti la retrospective annuelle des photos les plus marquantes de l'année. Pas besoin de me perdre dans de longs paragraphes pour vous dire à quel point ces photos-là sont fascinantes. Alors en voici quelques-unes, et les autres sont à retrouver sur le site du TIME.

En parlant de photographies, j'ai publié cette semaine sur Instagram une très belle série de photos prise par Stephan Gladieu en Corée du Nord avec le texte issu de son témoignage recueilli à l'occasion de son exposition aux Rencontres d'Arles. N'allez surtout pas voir ça sur le Insta d'Éclectique mais sur son site directement où elles seront toutes accessibles.

Merci d'avoir lu 🫂 et à la semaine prochaine !

Matthieu

MDMA 0003 · ·Substack ↗

Lisez comme vous êtes

SALUT À TOUS j'es-père que vous allez bien ! On se retrouve aujourd'hui pour une nouvelle newsletter. Merci beaucoup pour vos retours sur les deux premières éditions, c'est très très apprécié. Pas de longue introduction aujourd'hui, on commence direct !

🍟 Parapapapa

Formidable curation des McDo les plus étonnants du monde, "Nonstandard McDonald's" recense les fast food les plus fous de la chaine américaine. Est précisé à chaque post la localisation du bâtiment, et si ce dernier est actif ou fermé. J'ai pu y découvrir un des sept McDo américains qui n'ont qu'une seule arche en lieu et place du "M", pourquoi le McDo de Sedona (Arizona) a une arche turquoise plutôt que le traditionnel jaune, le "McSki" de Sälen en Suède, dans lequel on passe au drive... en ski. Le McDo où l’on mange des nuggets dans un avion en Nouvelle-Zélande, sur le Nil à Assouan en Égypte, ou dans une pyramide à l'hôtel Ibis de Coire (Suisse).

Quand on pourrait s'attendre à ce qu'une telle chaine de fast-food alimente une uniformité architecturale stricte (genre Buffalo Grill), la créativité est pour le moins surprenante, parfois déroutante. L'exploration de ce compte se révèle être étonnamment cathartique. Plus je voyais ces lieux qui me provoquaient fascination et effroi, moins j'avais envie de McDo. Tant mieux j’imagine.

🇨🇿 L’ambassade tchèque à Berlin

L'été dernier, je suis parti en amoureux à Berlin pour une quête architecturale que j'avais initié à travers mes lectures sur le Bauhaus (comme celle-là) et la construction de la ville. Comme tout amateur d'architecture qui n'y connait quasiment rien, j'ai couru après les célèbres Mies van der Rohe, Le Corbusier, ou Walter) Gropius. En réalité, je n'ai même pas vu les deux derniers tant je suis resté dans le centre. Cependant, en quittant la Potsdamer Platz pour la porte de Brandebourg, je bug complètement sur un bâtiment fascinant.

Brutaliste dans l'âme, j'ai été charmé par la perception qu'on peut avoir de ces bâtiments en béton, à la frontière entre le futurisme et le désuet. Située dans le quartier des ambassades de Berlin (dans ce qui était à l'époque Berlin-Est), à proximité de la porte de Brandebourg où français et américains se mettent bien, ce qui était alors l'ambassade de la République Socialiste Tchécoslovaque voit le jour pendant la Guerre Froide. Entre 1974 et 1978, le couple d'architectes tchèques Věra Machoninová et Vladimír Machonin pensent le design du bâtiment et de son intérieur.

Quand l'ambassade ouvre en 78, le couple ne reçoit aucune reconnaissance pour leur travail à cause d’une raison particulière. Après le printemps de Prague de 1968, certains tchèques sont exclus de leurs professions (dans le cas de nos architectes, leur firme était en conflit avec le régime). Ainsi, Machoninová et Machonin restèrent en quelque sorte des architectes clandestins jusqu'en 90 et la chute du régime communiste.

En 93, la Tchécoslovaquie n'est plus et la Slovaquie obtient son ambassade à Tiergarten. Ce qui pose un problème car la taille du bâtiment avait été pensée pour près de 500 employés, mais la séparation du pays et l'évolution du contexte géopolitique a fait diminuer la nécessité de personnel à 50 employés aujourd'hui. Remis en cause un temps quant à son rendement, le bâtiment a été conforté et préservé.

En Europe de l’Est, nombreux bâtiments brutalistes soviétiques ont été abandonnés au fil des ans. Ils tiennent debout en portant le poids du temps, de l'Histoire en étant soutenu par la nostalgie des amoureux d'une architecture perdue. À Berlin, l'ambassade de la République Tchèque trône comme une parenthèse nostalgique immuable dans un environnement contemporain témoin des grandes évolutions de l'Histoire.

En parlant d'Histoire de l'Allemagne, Joyeux Anniversaire en retard à la chute du Mur et à CE moment gravé à jamais dans l'Histoire de l'humanité.

Le texte qui suit est écrit par Nathan Vergé, qui contribue grandement au développement d’Éclectique avant même qu’Éclectique ne soit quoi que ce soit de concret. Nate étudie à l’ENSAV (école du cinoche) ce qui fait de lui un 𝔠𝔦𝔫𝔢𝔭𝔥𝔦𝔩𝔢, ce qui fait de lui un mec cool puisqu’il est en mesure de parler pertinemment de Kubrick ou d’Andrei Tarkovsky. De temps à autre, il viendra enrichir MDMA de sa culture ciné. Aujourd’hui, il nous parle d’A24 (la meilleure société de production del mundo) et d’un trailer intriguant.

🐌 Éloge de la lenteur

NV : En me baladant récemment dans les vidéos de mes abonnements YouTube, je suis tombé sur un étrange trailer. La chaine YouTube est celle d’A24, célèbre entreprise américaine de production indépendante d’où sont déjà sortis moult chefs-d’œuvre dont The Lighthouse, First Cow, Mid90’s ou encore Uncut Gems. La vidéo est intitulé « The Beach | Official (Infinite) Trailer HD | A24 ». « (Infinite) » ? Pas très commun dans le titre d’un trailer YouTube.

Après le premier visionnage de la vidéo, je ne comprends pas grand-chose. Un homme, une plage, des poules, de la cuisine, une succession de plusieurs trailers et surtout un étrange appel à visionner le film durant la semaine du 22 au 28 novembre (uniquement) lors d’un événement en continu sur une plateforme en ligne made in A24 intitulée « Screening Room ».

En fouillant quelques articles comprenant des interviews du réalisateur, Warwick Thornton, j’apprends qu’originellement le film est en réalité un docu-série en six parties de 25 minutes diffusées sur des chaines australiennes. A24 aurait donc potentiellement fait de cette série un film de 2h30 qu’ils diffuseront en boucle durant la semaine du 22 au 28 novembre. Original.

Pour ce qui est du contenu, comme toute communication autour des nouvelles sorties A24, c’est assez flou et mystérieux. Le trailer met l’accent sur une expérience sensorielle qui semble s’éloigner (renforcé également par sa diffusion particulière) des formes classiques du cinéma. À l'occasion d’une interview accordée au Guardian lors de la diffusion originelle de la série, Thornton nous apprend qu’elle lui a permis de s’enfuir et de se réaligner après un coup de mou sur son esprit, son corps et son âme en essayant de retrouver une forme de modération dans une époque de surplus.

The Beach, avec sa longueur et son approche très méditative et contemplative, s’inscrit pleinement dans le genre du « Slow TV » qui consiste à filmer et diffuser de manière ininterrompue — du début à la fin — un événement tout à fait ordinaire. Une des œuvres les plus notables, et sûrement celle qui amorce le genre, est la diffusion du trajet de Bergen à Oslo à la télévision norvegienne, durant 7h.

Dans la même veine, une diffusion live de 134 heures (cinq jours et demi, tout de même) d’un voyage en bateau est retransmise en 2011 toujours à la télévision norvégienne. Sa popularité grandissante durant la fenêtre de visionnage (50% de la population s'est branché dessus à un moment donné) l’a quasiment transformé en un évènement interactif, des bateaux rencontrant le navire le long de la côte afin d'apparaître comme figurant dans la distribution. En France, le concept est arrivé sur France 4 en 2014 avec Tokyo Reverse. Durant 9 h 10, un homme déambule dans les rues de Tokyo, avec comme particularité que les séquences sont diffusées en sens inverse, faisant donc du personnage central la seule personne avançant et le monde reculant autour de lui. Étrange.

Matthieu à nouveau : Avant de se quitter, je voulais vous partager pêle-mêle l'excellente newsletter Embedded de Kate Lindsay et Nick Catucci et leur superbe édition sur "l'internet qui disparait", les TikToks ferroviaires de Francis Bourgeois, ou un article vraiment excellent sur le concert tragique de Travis Scott au début du mois.

Merci d'avoir lu 🫂 et à la semaine prochaine !

Matthieu

MDMA : hors-série · ·Substack ↗

Karlexander à Toulouse

Bonjour à vous, bienvenue dans ce hors-série de MDMA

En passant une partie de la semaine dernière à Toulouse, j'ai eu l'occasion d'assister au vernissage de la dernière exposition de Karlexander, "SOLIDE", qu'il a en partie réalisé avec le sculpteur Alexandre Nicolas.

Karl avait promis des œuvres et des jus de fruits, mais il y avait aussi des bonbons. Sincèrement, nous devions entre 100 et 200, dispersés aux alentours de la galerie avec notre Oasis à la main, lentement trempés par une pluie fine vicieuse qui ne s'arrêta jamais. De toute cette foule, la plupart avait probablement entre 18 et la vingtaine, venus pour Karl, pour Alexandre Nicolas ou par hasard et directement attirés par les œuvres de la galerie.

Les personnes avec qui j'ai pu échanger ce soir-là m'ont toutes confiées à quel point elles étaient non seulement enthousiasmées par la culture à Toulouse, mais par un art qui les concerne réellement. Le mélange entre antique et contemporain de Karl place le jeune spectateur face à une référence culturelle qu'il comprendra forcément et l'accompagne vers une autre référence qu'il ne connait pas nécessairement, mais qu'il découvre et explore ensuite. Les galeries peuvent parfois être intimidantes, elles semblent réservées à ceux qui savent, qui connaissent, et font parfois ressentir à l'amateur naïf qu'il n'y apportera rien de plus utile que son admiration spontanée.

La Galerie Bouquières a permis de faire en sorte que tout le monde puisse parler d'art sans se soucier de ses connaissances, de ses références, chacun mettant en avant ses perceptions, ses sensations. Se réunir aussi nombreux autour de ces œuvres a également permis à ces échanges d'être enrichis de toutes les personnalités présentes.

Pour ceux qui ont l'occasion de passer à Toulouse, Karl reste souvent à la galerie pour changer les ampoules de la salle d'expo. Parler des œuvres avec lui donne vraiment une perception différente et enrichit réellement ce qu'on peut voir sur sa page Instagram.

L'exposition dure jusqu'au 21 novembre dans la Galerie Bouquières (29 rue Bouquières, 31000 Toulouse) - du lundi au samedi (11h - 19h30).

Je voudrais terminer ce court hors-série en vous parlant d'une autre exposition toulousaine à la Maison de l'Occitanie, "Josette et les Femmes", seulement à quelques minutes à pied de celle de Karl. Dédicace à Léna qui a organisé ça à travers l'association toulousaine Culture & Ambition.

Enfin, je remercie Jordan pour les photos du vernissage (ici dans la newsletter) de l'expo et pour sa réactivité de malade. Vous pouvez checkez ses photo ici et .

On se retrouve dès jeudi pour la troisième édition de MDMA !

À très vite,

Matthieu

MDMA 0002 · ·Substack ↗

Échec et ne mate pas

Salut à vous tous ! Et merci de ne pas vous être désabonnés dès la première édition. Cette petite introduction me permet de vous faire remarquer que depuis que je suis à la tête d'une lettre numérique de presque 100 abonnés, je réalise en fait que si vous vous désabonnez, je peux complètement vous remettre dans la liste de diffusion de cette newsletter. Premièrement, vous ne vous désabonnerez pas car je me persuade que vous aimez autant lire cette lettre que j'aime l'écrire. Deuxièmement, si vous vous désabonnez, je ne vous remettrai jamais dedans sans consentement car je ne suis ni une personne affreuse sans morale, ni Mark Zuckerberg. Mais au moins vous savez. Sans aucune réelle transition, bienvenue dans la deuxième édition de MDMA.

♟️ La chair, sur vos sens, fait-elle grande impression ?

La scène est toujours aussi étonnante à observer. Marcel Duchamp, 76 ans, faisant face à Ève Babitz, 20 ans. C'est ici certainement l'une des plus célèbres photos d'échecs de l'histoire. Ce jeu, diablement esthétique, est déjà apparu dans le dernier éventail d'inspirations™ d'octobre d'Éclectique à travers la photo somptueuse d'Anatoly Karpov au centre d'un foule homogène de jeunes communistes russes, lors du XVIIème Congrès de Komsomol (1978). Si ici, la photo de notre ami dadaïste et de la jeune écrivaine californienne prise en 1963 par Julian Wasser (cette photo était d'ailleurs son idée et non celle de Duchamp) dans une galerie de Pasadena est importante, c'est quelle symbolise certainement le mieux ce qu'était l'esprit de Duchamp. Tout le monde connait Duchamp pour son urinoir, ready-made qu'il avait mit dans une galerie en le proclamant œuvre d'art. Si ces objets ont façonné sa popularité, Duchamp arrête l'art en 1923 pour se consacrer aux échecs. Il y aime le fait que "les échecs ne puisse être commercialisés".

Voilà ici tout le cynisme de Duchamp. Certaines photos d'archives de Bobby Fischer ou de Boris Spassky (pour ne citer qu'eux) sont formidablement artistiques. Mais elles conservent le fantasme de pureté qui a convaincu Duchamp de se consacrer aux échecs. À travers sa photographie de 1963, Duchamp ouvre justement la porte à ce que les échecs soient, d'une certaine façon, commercialisés. Dans I Was a Naked Pawn for Art (1991), Babitz rapporte un témoignage de son père critiquant le jeu médiocre de Duchamp aux échecs. Babitz était encore moins forte, ce qui l'a complexa une fois face à Duchamp. La photo, qui de par son originalité façonne son mythe, place les échecs purement dans une démarche artistique. On n'accorde plus aucune importance au jeu. Duchamp gagne chaque partie, et quand Eve veut continuer, elle est stoppée par Wasser qui a la photo qu'il était venu chercher.

Eve Babitz avoua que sa motivation à poser nue était plus une question d'orgueil suite à une non-invitation qu'une vraie conviction artistique, elle deviendra par la suite une écrivaine acclamée grâce à ses livres sur la culture de Los Angeles. Pour le grand public, elle restera principalement la femme nue des échecs de Duchamp. Cette photo bafoue l'intérêt objectif des échecs pour favoriser une mise en scène que chacun peut fantasmer à sa guise (pas forcément une mauvaise chose). Pour Duchamp, une photographie n'est pas une photographie, ni une partie d'échecs, ni un nu, c'est simplement de l'art. Sans vraiment toujours se poser la question de son sens.

“Mettez dans vos discours un peu de modestie, Ou je vais, sur-le-champ, vous quitter la partie.”

💊 Cachez cet acronyme que je ne saurais lire

Comme vous l'avez tous déjà remarqué, cette lettre numérique porte en elle un acronyme tendancieux qui me permet de faire régulièrement des bonnes blagues de lourdo. En réalité, MDMA n'est pas un acronyme mais un sigle car il ne se prononce pas comme un mot mais s'épelle lettre après lettre (merci à la journaliste de 28 Minutes Alix Van Pée pour la précision utile). La création de cette lettre et de son sigle s'est accordée dans un timing impeccable avec un article de The Economist qui dézingue gentiment l'obsession française des acronymes, une abomination linguistique. "Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliquer, puis simplifier ensuite ?", se demande le chapô de l'article.

Comme rappelé par Alix Van Pée, l'Académie Française est elle aussi farouchement opposée à ces acronymes car elle défend l'idée qu'on parle pour être compris, et non pas pour aller le plus vite possible. L'écrivain Raymond Queneau s'était amusé dans les années 60 à jouer avec ces sigles. Il formait le mot "achélème" à partir de HLM, transformait gueule de bois en "gédébé", et qualifiait un employé de la RATP "d'ératépiste". D'autres poètes modernes ont intégré les sigles et acronymes dans leur textes pour constater qu’à l’instar des mecs de la B.A.C., ils n’ont pas fait la F.A.C.

Doit-on parler efficacement ou doit-on prendre notre temps pour être compris ? Ces deux questions ne sont pas opposées mais ici réside certainement la différence clé entre les boomers anglais et les destructeurs de mots français.

CQFD.

🇫🇷 Vogue Paris devient Vogue France

C'est certainement la meilleure actualité de la semaine dernière pour les amateurs de magazines. Vogue Paris devient Vogue France.

Si l'effet visuel est sincèrement louable, que le choix d'Aya Nakamura est un joli symbole, que les photos de Carlijn Jacobs sont splendides, que le stylisme de Gabriella Karefa Johnson est fondamental, le groupe Condé Nast (France) ne pouvait quand même pas se payer le luxe d'abandonner ses bons vieux putaclics. On ne fait pas aussi facilement table rase des "7 choses que l'on ignorait sur Nakamura", du "bracelet qu'Aya Nakamura ne quitte jamais", des "15 pièces mode pointues pour calquer le style d'Aya" (sérieux y'a un t-shirt Dior "J'<3 Paris" à 850€), ou, un petit dernier pour la route, des "9 indispensables beauté et lifestyle d'Aya".

Cependant, la fraicheur globale de ce nouveau Vogue est vraiment appréciable. Vogue prend comme tous les magazines le parti de se séparer doucement mais sûrement des éléments visuels détourés, disposés un peu partout sur les pages et que le texte vient épouser pour une mise en page plus minimaliste, qui se rapproche de ce que font depuis longtemps les magazines indépendants. Le premier Vogue France est un bel objet, un magazine à garder volontiers, assez loin des Unes standardisées aux titres encore plus standards de Vogue Paris.

Comme d'hab, les magazines français de Condé Nast sont très bien imprimés et malheureusement un peu bâclés en ligne (hop je glisse un verset de la bible du journaliste). Ce qui est d'autant plus dommage que le journalisme de mode et de célébrités traité avec rigueur et profondeur est possible !

🎸 Sultans of Swing

Pour continuer la semaine sur une note excitante, je voulais vous partager un bon vieux live de rock des années 80. En 83 plus précisément, les Dire Straits jouent au Hammersmith Apollo de Londres et enregistrent dans le même temps un album live (il sera très célèbre). La vidéo que vous allez regarder est vraiment cool pour plusieurs raisons. Déjà, pour chiner les commentaires des vidéos YouTube dans lesquels on apprend parfois des anecdotes contextuelles assez cool sur les rockeurs de ces années-là. Ensuite, parce que ce que fait Mark Knopfler avec sa guitare pendant les dix minutes de Sultans of Swing est pornographique. En symbiose ultime avec sa Stratocaster rouge, il conclue une performance énorme du groupe d'un solo stratosphérique. La vidéo est cool car si Knopfler prend quasiment toute l'attention, les autres sont aussi impériaux, avec un Terry Williams littéralement en feu à la batterie. Vous pouvez retrouvez le concert entier sur vos Spotify/Deezer/LimeWire, et si vous voulez une autre prestation folle de Sultans of Swing, allez voir le solo de malade entre Knopfler et Eric Clapton pendant que Chris White les chauffe au saxophone.

Merci d'avoir lu la deuxième édition de "Missive du Monde Actuel", continuez à faire parvenir vos retours, commentaires et critiques qui m'aident réellement dans la rédaction de la lettre.

On se retrouve dès la semaine prochaine !

Matthieu

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Merci au lecteur fidèle

Si vous connaissiez déjà Éclectique, bienvenue dans son extension la plus audacieuse à ce jour : une newsletter culturelle. Si vous ne connaissiez pas Éclectique, bienvenue dans la future meilleure lettre numérique du monde. Prenant sa principale inspiration dans le légendaire "Whole Earth Catalog" créé par Stewart Brand dans la Californie de la fin des années 60, et qui était selon Steve Jobs "internet avant internet", la newsletter sera une collection de tout ce que nous voudrions conseiller à nos amis. Quand elle ne sera pas consacrée à un invité, elle sera la plupart du temps écrite par moi, Matthäus, président délégué de l'entreprise médiatique internationale Éclectique Inc. Sa fréquence n'est pas encore précisément définie, mais elle sera au moins hebdomadaire.

En bref, Missive du Monde Actuel est une newsletter de recommandations et de ressources, par des gens éclectiques pour les lecteurs d'Éclectique.

La création de MDMA a été motivé par l'envie d'écrire plus librement à propos des sujets déjà couverts sur la page Instagram d'Éclectique tout en se séparant progressivement du monstre numérique créé par Kevin Systrom, et par l'idée hypothétique de faire percer Éclectique comme "influenceur culturel" et d'aspirer à terme à obtenir gratos des bouquins Taschen ou des pièces de créateurs. Autre aspect absolument clé : lorsqu'on écrit des posts sur Éclectique, on ouvre généralement une dizaine d'onglets sur lesquels on prend des notes infinies qu'il faut ensuite condenser difficilement pour répondre à la limite de 2 200 signes d'Instagram. Mais la plupart du temps, nous trouvons nos informations sur des sites, documentaires, films ou livres tellement mieux préparés que notre courte publication dédiée. Ici, nous pourrons tout sourcer, mettre les liens, vous donner envie d'aller plus loin.

Cette newsletter est aussi un excellent moyen de mieux vous connaitre ! J'ai créé Éclectique avec le fantasme de pouvoir échanger avec des gens curieux sur tous les sujets qu'Éclectique couvre. À une petite échelle, cet échange est exceptionnel, mais j'ai le regret de voir qu'Instagram favorise le modèle traditionnel vertical des médias. Le texte est publié, l'audience "aime", commente au mieux, mais l'interaction n'est pas favorisée. MDMA va se dédoubler dans un Discord où il sera possible d'échanger entre nous, d'organiser des débats impromptu, d'y mettre les ressources mentionnées ici.

Pour terminer cette longue introduction, j'espère enfin que vous aimerez ici découvrir des nouvelles personnes, ce qu'elles font et ce qu'elles aiment.

Pour commencer cette première édition de Missive du Monde Actuel sans vous donner l'impression d'avoir perdu votre temps, voici quelques trucs sympa à lire et à voir :

🪑 Le fauteuil Barcelona

Ce fauteuil à l'allure si particulière qui donne envie de s'y enfoncer avec un magazine à la main est connu pour être l'oeuvre de l'architecte allemand dont on ne sait jamais où commence le nom de famille : Ludwig Mies van der Rohe.

Créé en 1929, le fauteuil est à la base une commande du pavillon allemand pour l'Exposition Universelle de Barcelone ayant eu lieu la même année. Le pavillon lui-même avait été conçu par MvdR (le bâtiment est déjà dingue en soi, surtout pour une construction de 1929) mais l'architecte allemand avait souhaité également imaginé des éléments intérieur qui trôneraient en harmonie avec l'édifice extérieur. Le chassis, soudé et limé à la main laisse filer des courbes aussi fines que solides soutenant un siège en cuir impeccable, soutenu par des sangles quasi-invisibles. Le relief de la structure s'installe dans un cube virtuel et chaque élément possède une fonction qui se complète avec les autres. La commercialisation de ce fauteuil ne sera pas longue, mais reprendra tout de même en 1948 grâce à l'entreprise Knoll (pionniers du corporate design).

Ce qui est clé, c'est de noter que MvdR avait designé ce fauteuil avec sa compagne Lilly Reich, figure de l'ombre à qui l'architecte doit énormément. "Derrière chaque homme se cache une grande femme". Voilà ce que j'aurais écrit si j'étais complètement demeuré, mais Lilly Reich était simplement une grande femme sans son homme, une femme qui incarnait pleinement un Bauhaus à la direction masculine. Le duo de YouTubers de la chaine "Scandinavian Design 101" a consacré un épisode à cette femme majeure du design moderniste.

Comme tout bon architecte bienpensant de l'époque, Mies van der Rohe souhaitait ses designs peu chers et accessibles à tous. Or, le fauteuil Barcelona est construit avec des matériaux assez onéreux, et le mythe (et son apparition dans James Bond ?) que le fauteuil a provoqué a fait explosé sa valeur. Dommage !

Si le fauteuil vous plait, regardez donc ce documentaire Arte

🙈 Préliminaires

C'est Arte, donc c'est bien, évidemment. Mais plus sérieusement, je vous invite à aller voir ce documentaire qui est un peu passé hors des radars médiatiques et qui évoque, à travers la parole crue et sincère d'adolescents et de jeunes adultes, les préliminaires. On y parle de l'acte sexuel, mais aussi du symbole, de la représentation sociale des préliminaires et de la pression qu'on peut ressentir pour passer à l'acte. Les femmes y parlent du regard des "garçons", et les garçons y parlent du regard des "garçons". On y parle des nudes, et là aussi de la pression. De l'excitation plombée par la peur de voir ses photos tourner. On y parle des rapports de forces entre les sexes, à travers le sexe. On y parle, aussi et surtout, de consentement et de viol. C'est un documentaire utile où nous pourrons tous se reconnaitre, et apprendre sur les autres. C'est bien là l'essentiel.

🚬 QUI A FAIT ÇA ?!

Voilà une séquence, un véritable BI-JOU, qui lors de sa découverte impromptue dans une errance numérique pendant un cours a déclenché un fou rire impossible à dissimuler.

Cette séquence, c’est l’œuvre du roi Patrick Sébastien dans son émission “Sebastien c’est Fou”. En 1988, il fait venir les Petits Chanteurs d’Asnières pour un hommage à Gainsbarre avec une reprise de “Je suis venu te dire que je m'en vais” rebaptisé en “On est venu te dire qu’on t’aime bien”. Au-delà des jolies paroles et de la mélodieuse interprétation des jeunes chanteurs, les enfants sont littéralement déguisés en Gainsbourg. Gitane et verre de Whisky à la main, la séquence et la tête d’un Gainsbourg arraché est mythique.

Gainsbourg disait à Sébastien que “ça allait le faire chialer”, ce fut littéralement le cas pour moi.

Inspiration du jour : les peintures de Seth Armstrong

Ce qui suivent Éclectique sur Instagram ont déjà pu goûter à ce délice visuel que sont les tableaux de Seth Armstrong. Vous trouverez l’ensemble de son œuvre ici.

Voilà pour cette première lettre. J'espère vous voir dans les commentaires pour débattre d'autre chose que de Zemmour et du pass. N'hésitez surtout pas à m'écrire vos retours sur cette nouvelle initiative. Aussi, n'hésitez pas à partager un max si vous pensez que cette lettre peut intéresser vos amis.

À très vite !

Matthieu